Valoriser les services « rendus » par les zones humides – une bonne idée?

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Le Commissariat Général au Développement Durable analyse dans une note les avancées et les limites des exercices de monétarisation des services rendus par les zones humides.

La synthèse de la note explique: “Afin d’éclairer les décisions publiques et justifier la préservation des espaces menacés que sont les zones humides, le CGDD a mené plusieurs études visant à attribuer une valeur monétaire aux différents services rendus par ces milieux. Trois sites tests localisés dans le bassin Seine-Normandie couvrant une grande diversité de typologies de zones humides (marais, estuaires, tourbières, lacs et étangs, etc.) ont servi de base à ces travaux : le Parc Naturel Régional des marais du Cotentin et du Bessin, la plaine alluviale de la Bassée et la moyenne vallée de l’Oise.

Cette démarche a permis une avancée méthodologique significative : la valorisation économique des services rendus est de plus en plus élaborée et exhaustive, mais reste encore incomplète du fait de l’impossibilité d’appréhender certains types de valeurs, faute de méthode de monétarisation existante pour le faire. Les résultats monétaires obtenus sur ces trois sites s’inscrivent dans un même ordre de grandeur et pourraient donc servir à la construction de valeurs de référence pour ce type de milieu naturel. »

 Plusieurs services ont ainsi été évalués comme le contrôle des inondations (entre 210 et 3 840 €/ha/an) ou la purification de l’eau (entre 830 et 890 €/ha/an). Le maintien de la biodiversité (non-usage) a été évalué selon la méthode des consentements à payer (enquêtes auprès d’individus « similaires ») et sa valeur varierait ainsi entre 225 et 2 230 €/ha/an… 

En vue de ces conclusions retirées, Synergiz souhaite souligner qu’il serait judicieux et nécessaire:

  • de comparer ces valeurs économiques avec les couts de gestion / maintien de ces services et avec ceux de leur restauration (coût du maintien des potentialités écologiques – Levrel et al., 2012[i]) si nécessaire (en effet, le fonctionnement et l’état de santé des écosystèmes à l’origine des services écologiques évalués semblent être passés sous silence…) ;
  • d’expliquer les usages possibles de ces valeurs de référence, en particulier :
    • §  dans le cadre de la nouvelle doctrine nationale pour « Éviter, Réduire, Compenser » les atteintes à la biodiversité et ;
    • §  les discussions relatives au financement des trames et bleues ;

En effet, ces valeurs – si utilisées comme « références » dans d’autres contextes de choix d’aménagement des territoires – semblent très faibles par rapport aux retours sur investissement de projets impliquant l’artificialisation des milieux, la destruction des potentialités écologiques (et des « bénéfices » issus des « services » écologiques) et générant des millions d’euros ha/an…. On pense notamment au projet d’aéroport du Grand Ouest…



[i] Harold Levrel, Julien Hay, Adeline Bas, Pascal Gastineau, Sylvain Pioch, 2012.  Coût d’opportunité versus coût du maintien des potentialités écologiques : deux indicateurs économiques pour mesurer les coûts de l’érosion de la biodiversité Natures Sciences Sociétés 20, 16–29.

 

Un commentaire
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  1. Bonjour,
    En effet, il est important de se pencher sur l’usage de cette monétarisation (encore imparfaite, il faut le souligner), qui comporte tous les problèmes que cette démarche comporte même si elle apporte aussi une donnée de référence « minimale ».

    La première phase de cette évaluation avait pour but de justifier l’acquisition de 20 000 ha de zones humides décidée lors du Grenelle de l’environnement: http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/ED23c-2.pdf

    La seconde (celle de la note mentionnée dans l’article) portait sur une étude centrée sur la méthodologie de l’évaluation de cette monétarisation. Il ne s’agit donc pas encore d’une évaluation complète (qui doit être en outre spécifique à chaque zone humide et territoire). Les données qui en sont tirées devraient donc plus servir dans un premier temps à justifier un programme de recherche sur le sujet, permettre un début de sensibilisation par l’approche monétaire et éventuellement un début d’analyse coût-bénéfice de petits projets.

    Il est certain que dans le cas d’autres projets de l’ampleur d’un certain aéroport ou d’un plan de lutte contre l’inondation par la Seine, le contexte est différent…

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