Novo Nordisk divulgue ses externalités environnementales négatives – Et alors ?

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Je ne vous cache pas mon excitation lorsque j’ai téléchargé le rapport intitulé « Novo Nordisk’s environmental profit and loss account », c’est-à-dire le « compte de résultat environnemental de Novo Nordisk ».

Enfin, une autre entreprise que BSO – Origin(1) et PUMA(2) se lance dans l’aventure de la divulgation de ses externalités environnementales négatives !

On en retiendra les aspects positifs suivants:

  • Le périmètre d’analyse est clair, s’étend sur le plan mondial et comprend les émissions de gaz à effet de serre, la pollution de l’air, la consommation d’eau et les changements d’usage des sols (comme proxy pour les impacts sur la biodiversité et les services écosystémiques).
  • L’approche « chaine d’approvisionnement » prévalent dans les travaux réalisés avec PUMA a été reprise (jusqu’aux fournisseurs de niveau 4) ;
  • L’ensemble du cycle de vie des produits semble avoir été pris en compte, dont leur usage et fin de vie ;
  • Une explication claire des méthodes d’évaluation économique employées – voir le « Methodology report for Novo Nordisk’s environmental profit and loss account ».

Toutefois, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur :

  • La divulgation de valeurs économiques uniques pour chaque type d’externalité dans le rapport principal, alors qu’un éventail de valeurs  serait sans aucun doute plus réaliste et utile, mettant en avant différentes hypothèses, limites et contextes d’application ( une comparaison des approches d’évaluation économique est en revanche divulguée dans le rapport méthodologique).
  • L’absence de lien avec le reporting extra-financier « développement » durable » du Groupe Novo Nordisk – Comment ses données peuvent elles être utilisées dans un tel contexte ? Ne serait-il pas possible de faire le lien entre indicateurs du Global Reporting Initiative (GRI) et les externalités de ce rapport ?
  • L’absence de lien avec les bilan et compte de résultat financiers du groupe, ce qui ne nous donne pas une vision éclairée des externalités du groupe par rapport à son chiffre d’affaires, ses bénéfices, ses dividendes distribués, etc. ; cela malgré la référence du rapport à cette possibilité « Adding the external costs to the current financial costs gives reflects the true cost of conducting business, and incentivises companies to reduce environmental impacts (the “loss” in an E P&L). »
  • L’absence d’une définition robuste du concept de «  compte de résultat environnemental », fondée sur l’équation suivante « bénéfices environnementaux internes et externes moins les couts environnementaux internes et externes » ; ce qui renvoie au second plan les données quantitatives environnementales non-monétaires. Si l’on prend l’exemple de la biodiversité (très indirectement prise en compte dans l’analyse de Novo Nordisk), seule une analyse quantitative non-monétaire des impacts comparés aux mesures compensatoires permet d’affirmer qu’un projet a atteint une zéro perte nette de biodiversité (c’est-à-dire un compte de résultat « biodiversité »). Si l’on applique les principes de la hiérarchie de mitigation des impacts et de zéro perte / impact net à d’autres enjeux environnementaux (eau, gaz à effet de serre), on risquerait de repenser en profondeur la définition du «  compte de résultat environnemental », fondé à la fois sur un pilier non-monétaire (pour chaque aspect environnemental) et un second monétaire. Comme en comptabilité des écosystèmes sur le plan national, le découplage données bio-physiques non-monétaires – valeurs monétaires est essentiel (voir les travaux de Jean-Louis Weber de l’Agence Européenne de l’Environnement).
  • L’usage de ces informations par Novo Nordisk – l’entreprise va t’elle chercher à minimiser ses externalités ( en jouant sur les chiffres, les méthodes d’évaluation économique …) ou à minimiser ses impacts ? Quid de sa responsabilité par rapport aux impacts et externalités de ses fournisseurs?

Aussi, il me semble qu’il manque une vision globale pour un usage approprié de ce type d’information. Plus précisément, quelles seraient les implications comptables pour toute entreprise? A lire dans une prochaine publication de Synergiz qui sera disponible en mi-2014….


(1) Huizing, A., Dekker, C., 1992. Helping to pull our planet out of the red: an environment report of BSO/Origin. Accounting, Organizations and Society 17(5), 449-458.

(2) URL : http://about.puma.com/wp-content/themes/aboutPUMA_theme/financial-report/pdf/EPL080212final.pdf

Un commentaire
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  1. Je vous rejoins complétement Joël. un E ou S P&L ne devrait pas être déconnecté de la comptabilité de l’entreprise … Dans ce cas, l’exercice est ambivalent. Calcule-t-on du point de vue de l’entreprise ? Une vision patrimoniale du bilan et flux du P&L. Ou du point de vue de la société ? ou d’un des acteurs de la société ? Dans ce cas, on mélange les notions… alors à quoi cela sert-il effectivement ? J’entends par la dans la gestion de l’entreprise ? ou dans les prises de décisions des parties prenantes ? Bien à vous

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