L’émergence de labels biodiversité dans le secteur de l’immobilier

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Le secteur de la construction et de la rénovation des bâtiments en France est à l’aube d’une nouvelle aire. Le gouvernement actuel a annoncé, le 9 janvier dernier, sous l’impulsion de Silvia Pinel, Ministre du logement, de l’Égalité des territoires et de la Ruralité, les objectifs de construction de 500 000 logements et de rénovation de 500 000 logements par an. Cette démarche vise à accélérer la construction et la rénovation de logements sur le moyen et le long terme, d’ici à 2017. Une opportunité pour imaginer des modes de construction innovants et une meilleure prise en compte des impacts environnementaux et énergétiques.

Un contexte réglementaire de plus en plus contraignant 

Porté par Ségolène Royal, Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable, le projet de loi sur la transition énergétique, a été voté le 14 octobre 2014 et sera examiné au Sénat. Il définit les grandes lignes des enjeux et des défis qui seront soumis aux acteurs privés et publics et aux ménages:

  • Diviser par deux la consommation d’énergie de la France d’ici 2050 ;
  • Diminuer la consommation des énergies fossiles de 30 % d’ici 2030 ;
  • Doubler dans le même temps la part des énergies renouvelables ;
  • Abaisser de 40 % les gaz à effet de serre à l’horizon 2030.

Il est important de comprendre que l’immobilier et de la construction est au cœur des réflexions sur la transition énergétique et reste une source d’innovation et d’expérimentation qui mérite un attention particulière pour inciter le secteur à une meilleure prise en compte de son impact, notamment sur l’environnement et la biodiversité.

Cette nouvelle approche transparait d’ores et déjà dans les travaux de réflexion sur le bâtiment responsable. Le groupe de travail « RBR 2020 » plaide pour l’élaboration de labels et d’indicateurs de performance « obligatoires » pour le bâtiment de demain. Il présente alors quelques lignes directrices qui sont des orientations sur des thématiques clés du bâtiment responsable 2020, et qui ira plus loin que la simple réglementation thermique RT 2012, appliqué actuellement aux constructions neuves.

Ces lignes directrices se composent de trois grandes idées fondatrices :

  1. Elargir le champ de vision au-delà de l’efficacité énergétique : se préoccuper non seulement de l’énergie positive, mais aussi du lien entre le bâtiment et le territoire, et d’autres critères tels que le cycle de vie, l’empreinte carbone, la biodiversité, la santé et le confort ;
  2. Concilier une logique de passages obligés et une logique d’incitation et de mobilisation, afin de pouvoir embarquer chaque acteur selon son rythme et ses moyens.
  3. Optimiser la mesure de la performance énergétique à travers des tests et des indicateurs précis

Cette nouvelle approche du bâtiment et de son environnement impulse une nouvelle dynamique dans les outils de management de projet de construction ou de rénovation.

Les certifications environnementales dans la construction et la biodiversité.

Les certifications environnementales reconnues au niveau mondial deviennent un pré requis à tous nouveaux projets de construction, notamment dans le secteur du tertiaire (immeubles de bureaux), y compris en France. Ces outils sont applicables sur un périmètre très large, ils traitent de l’environnement du site, des déchets liés à la déconstruction ou la construction, de l’énergie consommée et produite sur site, de la qualité de mise en œuvre, du choix des matériaux, des relations avec les acteurs de la construction…etc.

Il s’agit d’une démarche globale d’amélioration, de suivi et de pilotage d’opération immobilière visant l’atteinte de niveau de performance élevé ou optimal, en fonction des contraintes et des potentiels du projet de construction ou de rénovation. La biodiversité n’est qu’un élément des différentes thématiques abordées dans ces référentiels.

LEED® est une certification d’origine américaine et créée en 2009, composée de 7 catégories dont la catégorie « Aménagement écologique des sites » qui concerne la gestion des eaux pluviales, la perturbation minimale du terrain et la diminution de la pollution lumineuse qui peuvent contribuer indirectement à la préservation de la biodiversité. Ici, la prise en compte de la biodiversité du site est suggérée et les critères d’évaluation et les préconisations restent imprécis.

BREEAM® d’origine du Royaume Uni et créée en 1990, parmi les 8 thèmes du référentiel BREEAM du thème Ecologie sont présentées ci-dessous les rubriques du thème « Ecologie » prenant en compte la biodiversité.

  • La rubrique 2 considère l’analyse des écosystèmes : préserver et mettre en valeur les écosystèmes présents sur le site. Les points sont attribués lorsqu’un ingénieur écologue identifie les caractéristiques environnementales du site.
  • La rubrique 3 considère la protection des espaces naturels en incitant les maîtres d’ouvrage à bâtir sur des terrains à faible biodiversité. Les points sont attribués lorsque les caractéristiques s’éloignent des facteurs de biodiversité définis par le BRE.
  • La rubrique 4 considère l’évaluation du changement de biodiversité du site. Le nombre moyen d’espèces végétales et animales vivant sur le site (en m²) avant et après construction est estimé à l’aide d’un tableau forfaitisé BREEAM. Il exprime l’impact de l’opération sur la biodiversité du site

Le BREEAM est de loin reconnu comme le référentiel le plus précis concernant la prise en compte de la biodiversité.

Le référentiel Haute Qualité Environnementale (HQE®), parmi les 14 cibles, 2 font références à la biodiversité, 1 de manière directe et 1 de façon indirecte :

  • La cible 1 « Relation du bâtiment avec son environnement immédiat » traite la biodiversité de manière directe. Les préconisations sont réelles mais la manière d’évaluer les performances est peu précise.

Un état des lieux sur la faune et la flore présente l’environnement immédiat du bâtiment et de la parcelle. Pour la Faune, l’objectif est de reconstituer l’habitat et les conditions de vie des espèces animales dans le respect des contraintes imposées par le lieu, les lois et en limitant les rejets. Concernant la Flore, après  inventaire, le référentiel incite sur l’importance de l’introduction ou de la préservation des espèces végétales non invasives, en cohérence avec le climat et le terrain concerné par le projet. On valorise le fait de prendre en compte la réduction des besoins d’arrosage et de maintenance, pour assurer la pérennité des espèces et la durée de vie de l’édifice. Une attention particulière à la mise en valeur de la biodiversité et la mise en contact des utilisateurs, est portée pour assurer la cohérence du projet.

  • La cible 2 « Préserver / Améliorer la qualité écologique et paysagère du site » concerne indirectement la biodiversité en préconisant l’amélioration de la qualité écologique par des éléments utilisant la biodiversité. Elle permet de compléter la première cible.

Le taux de végétalisation de la parcelle concernée reste un critère important, il doit respecter les exigences réglementaires et les documents d’urbanisme locaux (PLU, Trame verte et bleue, plan de verdissement, agenda 21…)

Les outils de certification les plus utilisés dans le cadre des projets immobiliers abordent ce thème et l’englobe dans une approche globale.

Tour d’horizon des outils dédiés à la biodiversité.

Constatant que le phénomène « biodiversité » prenait de l’ampleur, certains acteurs de l’immobilier se sont lancés dans la construction et la promotion d’outils dédiés à la prise en compte de la biodiversité dans le secteur de la construction.

C’est le cas, du label Biodivercity®, mis en place par le Conseil International Biodiversité & Immobilier (CIBI) et porté par Gécina, Bouygues Construction et le bureau d’étude Elan (avec d’autres membres). Cette démarche a été conçue par des experts et se veut être au service de la biodiversité et des porteurs de projet immobilier. Cet outil se décompose en 4 phases :

  1. L’engagement : la connaissance et la compréhension de la biodiversité sur et autour du site à construire. Pour le maître d’ouvrage, il s’agit de se donner les moyens de travailler ce sujet de façon professionnelle et formalisée, en s’entourant des compétences appropriées et à travers un système de management de la biodiversité ;
  2. Le projet : la recherche par la maîtrise d’œuvre d’une architecture écologique qui valorise le site biologique et le vivant, avec un plan masse qui intègre les continuité écologiques locales, des façades et toits vivants, ainsi qu’un rapport intérieur-extérieur optimisé ;
  3. Le potentiel écologique de la parcelle : l’évaluation par l’écologue des facteurs scientifiques qui feront la valeur écologique du projet ;
  4. Les services rendus et les aménités : les bénéfices tirés par les futurs usagers et riverains du site, en termes de bien-être, d’esthétique et d’apprentissage de la nature. »

Biodivercity® est un jeune référentiel, en cours de développement. Il rencontre déjà un franc succès auprès des grands acteurs de l’immobilier, confirmant que la demande existe et tend à augmenter.

Un autre label existe sur le marché européen Effinature® est un outil de préservation et de valorisation de la biodiversité dans l’immobilier. Co-construit avec les professionnels de la Biodiversité, de l’immobilier et du Paysage, il est porté par Qualigreen.

Les principaux objectifs du label Effinature® sont :

  • De promouvoir l’intégration de la nature en ville ;
  • D’améliorer les échanges Homme – Nature ;
  • D’agir sur les causes directes de l’appauvrissement de la diversité biologique (pollutions, transformation de l’habitat, gestion non durable, etc.) ;
  • De mettre en œuvre des mesures visant à assurer le bénéfice à long terme des services écosystémiques.

Ces labels spécifiques se veulent, pour l’instant, déconnectés des certifications environnementales, du moins en termes de communication. La construction de ces outils permet certainement de créer des ponts avec les outils existants. Les auteurs souhaitent dissocier les démarches, certainement pour favoriser l’ancrage de la thématique dans les esprits des acteurs du secteur.

Des questions en suspens

Au regard du nouveau cadre législatif et dans un souci des acteurs publics d’assurer une certaine transparence et cohérence dans le mille feuille réglementaire, ces différents labels soulève nombre de questions, parmi lesquelles nous mentionnerons les points suivants.

  • Quels gains tangibles pour la biodiversité (milieux, espèces) peuvent-ils réellement générer?
  • Quelle indépendance pour les évaluations conduisant à l’attribution d’un label ?
  • Ces labels n’incluent pas la prise en compte des services écologiques de manière explicite et quantitative (indicateurs biophysiques et économiques), ni les externalités dues aux choix des matériaux et de construction.
  • Doit-on soutenir le développement de ces nouveaux outils ou ne devrait-on pas plutôt intégrer la biodiversité dans les outils d’évaluation des référentiels déjà connus et reconnus (ex. BREEAM, LEED HQE)?
  • La Maîtrise d’Ouvrage, la Maîtrise oeuvre et les entreprises sont ils conscients des véritables enjeux et des liens qu’entretiennent l’immobilier et la biodiversité ? Ces outils peuvent ils suffire à cette prise de conscience ?
  • Aucun de ces labels ne semble toutefois s’adresser au problème de la perte nette de biodiversité engendrée pat tout nouveau bâtiment. Quelle place pour les mesures compensatoires nécessaires pour atteindre cet objectif ?

 

Un commentaire
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  1. En réponse aux interrogations de cet article, voici les réponses apportées par QUALIGREEN.

    – Quels gains tangibles pour la biodiversité (milieux, espèces) peuvent-ils réellement générer?

    En nécessitant une analyse préalable du site, le système de management du label Effinature permet d’avoir une connaissance concrète d’un site (habitat, faune et flore) et plus largement de son environnement. Les objectifs par la suite sont doubles :

    -> déterminer les enjeux écologiques spécifiques de la zone d’étude,
    -> apporter les mesures les plus adaptées au projet afin qu’il devienne un relais pour la biodiversité, et pour qu’il est une réelle plus-value écologique (pour exemple, il n’y a pas d’intérêt d’installer des ruches d’abeilles sur une opération si aucun point d’eau si aucun milieu nourricier n’est présent dans un périmètre proche du site).

    Le choix des habitats à préserver, ou par défaut à créer, les adaptations du bâti à apporter ou encore les choix d’abris, nichoirs et gîtes à intégrer sont déterminés à partir de cette analyse initiale. Cela va permettre soit le maintien de milieux ou d’espèces dites remarquables et qui jouent un rôle majeur dans le fonctionnement écosystémique, soit la colonisation du site par les espèces locales non invasives qui ne pouvait prospérer avant par manque de conditions favorables. Avec Effinature nous ne cherchons plus seulement à éviter ou réduire les impacts sur la biodiversité, mais à la recapitaliser. Une opération labellisée Effinature est une opération qui offre un support pour la biodiversité.
    Afin de s’assurer d’atteindre ces objectifs, les opérations sont labellisées en phase Conception (critères qualitatifs et notation) et suivies en phase Réalisation puis en phase Exploitation.

    – Quelle indépendance pour les évaluations conduisant à l’attribution d’un label ?

    Effinature est le seul label biodiversité faisant l’objet d’un contrôle par un organisme certificateur indépendant, ECOCERT.

    – Ces labels n’incluent pas la prise en compte des services écologiques de manière explicite et quantitative (indicateurs biophysiques et économiques), ni les externalités dues aux choix des matériaux et de construction.

    Au niveau du management d’une opération, dès la phase de conception, il est attendu que soit calculé le coût de la conservation de la biodiversité à partir de l’indice Eco2 constructeur sur le projet. La mise en œuvre de matériaux bio-sourcés est une des exigences du niveau HotSpot avec un taux minimum d’incorporation à prévoir selon le type d’usage du bâtiment. Les services écologiques et la prise en compte des matériaux bio-sourcés sont bien traités par le label Effinature.

    – Doit-on soutenir le développement de ces nouveaux outils ou ne devrait-on pas plutôt intégrer la biodiversité dans les outils d’évaluation des référentiels déjà connus et reconnus (ex. BREEAM, LEED HQE)?

    Les labels de qualité environnementale sont édités par des professionnels de la construction et non par des professionnels de la biodiversité. De plus, la biodiversité n’est pas une brique qu’on rajoute à une certification mais bien une démarche à part entière.

    – La Maîtrise d’Ouvrage, la Maîtrise œuvre et les entreprises sont ils conscients des véritables enjeux et des liens qu’entretiennent l’immobilier et la biodiversité ? Ces outils peuvent ils suffire à cette prise de conscience ?

    Qualigreen a déjà convaincu collectivités, aménageurs et promoteurs d’intégrer la biodiversité dans leurs projets sans incitations financières à la clé en France et à l’étranger. C’est le signe d’une véritable prise de conscience de leur responsabilité dans l’érosion de la biodiversité.

    – Aucun de ces labels ne semble toutefois s’adresser au problème de la perte nette de biodiversité engendrée pat tout nouveau bâtiment. Quelle place pour les mesures compensatoires nécessaires pour atteindre cet objectif ?

    Effinature intègre des critères permettant de comparer l’état initial et l’état projeté d’une opération (ou final). Par exemple, le diagnostic initial obligatoire dans la labellisation impose l’évaluation de l’Indice de la Valeur Écologique à l’état initial, indice prenant en compte le nombre moyen d’espèces par habitat présentes sur le site. Il est ensuite à nouveau évalué en phase conception et sa valeur finale doit être au moins équivalent à la valeur initiale pour que le projet puisse être labellisé. Cela permet de s’assurer qu’il n’y aura pas de perte de biodiversité.
    De plus, un « Plan de compensation d’impacts résiduels » est attendu dans le système de management du référentiel si le projet génère un impact résiduel inévitable et incompatible avec le respect d’un ou plusieurs critères et leurs exigences minimales recherchées (Pass, HotSpot). Le maître d’ouvrage doit alors proposer des mesures de compensation soumises à l’évaluateur QUALIGREEN qui devra s’assurer de l’absence de perte nette de valeur écologique. Chaque mesure ne peut être acceptée dans le cadre du référentiel Effinature qu’à la seule condition d’obtenir à l’état final un gain net de biodiversité au regard de l’impact inévitable sur le site
    Par ailleurs, la labellisation Effinature se positionne comme un outil de valorisation pour des programmes de compensation entrant dans le cadre réglementaire actuel ou d’engagements volontaires. C’est dans ce cadre que des échanges sont en cours entre la CDC BIODIVERSITE, filiale de la Caisse des Dépôts entièrement dédiée à l’action en faveur de la biodiversité et à sa gestion pérenne notamment par la compensation, et QUALIGREEN.
    Et comme dit précédent, Effinature s’inscrit dans une démarche de recapitalisation écologique. c’est à dire ne plus stopper l’érosion mais augmenter les supports de vie favorables à la biodiversité.

    Notre équipe reste à votre disposition pour toute question.

    Naturellement votre,

    L’équipe QUALIGREEN

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