Le quadrillage écologique new-yorkais

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Traduction de l’article « New York’s Green Grid » d’Alec Appelbaum, paru dans The New York Times le 16 avril 2011.

Le quadrillage des rues de Manhattan, qui a fêté ses 200 ans le mois dernier, a longtemps été une cible facile pour les romantiques urbains. Ils aiment faire remarquer combien sa logique implacable – la plupart des blocs sont précisément de 200 pieds par 600 pieds – a imposé un ordre cartésien sans âme sur une île côtière autrefois luxuriante, piétinant la nature et menant à deux siècles d explosion immobilière.

Mais le quadrillage, officiellement appelé « Commissioner’s Plan », a en fait utilisé l’environnement naturel de la ville de façon sage et visionnaire – un fait qui s’est perdu au cours des générations suivantes d’aménageurs urbains. Puisque l’administration Bloomberg recherche des moyens de réduire les coûts pour rendre New York plus résiliente aux effets du changement climatique, elle devrait regarder à nouveau le génie historique de la grille et trouver de nouvelles voies pour aider, plutôt qu’étouffer, le rôle constructif que la nature peut jouer pour dessiner la ville.

Les ressources renouvelables de Manhattan ont été une des principales raisons qui ont poussé les Amérindiens, puis les Hollandais, à s’y installer : le sol est facile à creuser, l’eau potable est excellente et la douce brise de l’océan et les panoramas étonnants en font un lieu agréable à vivre.

Les planificateurs du début du 19e siècle qui ont créé le quadrillage ont su tirer le meilleur parti de ces atouts. Ils ont dessiné la grille pour que le soleil se couche précisément dans l’alignement des rues est-ouest plusieurs fois par an. Les petits blocs nord-sud orientent les rues vers les cours d’eau, permettent aux eaux de crue de reculer facilement et attirent les personnes au bord de l’eau. Le plan guidait les commerces bruyants le long de la voie d’un ancien canal pour séduire les futurs promoteurs avec la promesse de sites sur les collines et une vue imprenable au nord.

Au sein du quadrillage ils ont placé une merveille d’ingénierie, l’aqueduc de Croton et son Réservoir ; ce dernier a disparu, mais l’aqueduc fournit encore de l’eau potable et savoureuse provenant du nord de l’État. Leur plus sage décision a peut-être été de conserver 843 hectares d’espaces verts, Central Park, en tant que « poumons de la ville. »

Mais plutôt que de continuer à travailler avec la nature comme modèle, les générations suivantes se sont battues contre l’environnement de la ville. Les planificateurs ont disputé les cours d’eau naturels contre (éventuellement) des systèmes de tuyauteries rouillés. La ville a dragué tellement de marais et a coulé tellement d’asphalte que le terrain est devenu incapable de gérer des pluies torrentielles. Quand il pleut beaucoup – cela a été de plus en plus le cas ces dernières années – les eaux de pluie s’écoulent dans le même réseau qui transportent les eaux usées. Lorsque le réseau d’écoulement déborde, le mélange des eaux se déverse dans les rivières. Ce n’est pas la façon dont la nature aurait géré les choses.

Bien entendu, la nature n’a pas disparu. En fait, elle ne cesse de combattre nos efforts pour la contrôler et la réprimer. Huit millions de gallons d’eau par jour s’accumulent dans les réseaux souterrains du métro, et la Metropolitan Transportation Authority doit dépenser une petite fortune pour le pompage.

Et, comme nous l’avons vu, sans marais ou des grosses parcelles de terre dans lesquels elle peut s’infiltrer, la neige bloque les bas-côtés des rues pendant des semaines puis se transforme en marmite à boue.

Heureusement, il n’est pas trop tard pour revenir à l’esprit de 1811. L’administration Bloomberg a récemment créé le plan « Green infrastructure » de 1,5 milliard de dollars pour remplacer les anciens travaux publics par des projets axés sur la nature, comme la distribution gratuite de récupérateurs d’eau de pluie pour les jardins des arrondissements. Elle contribue à financer un projet de 774 appartements près du canal Gowanus qui utilise la pente naturelle du site en regroupant des bâtiments où le sol est le plus élevé et en créant un parc qui absorbe les eaux pluviales à proximité du rivage. Et elle a émis une subvention pour des drains biologiques – ensembles naturels de plantes – à des endroits stratégiques autour de la ville pour traiter l’eau de pluie dans les rues secondaires.

Mais la ville doit faire beaucoup plus. Pour raviver l’étincelle progressive du Commissioner’s Plan, le gouvernement peut montrer l’importance pour l’immobilier de suivre les signes de la nature. Elle peut puiser dans le projet Welikia, apporté par le biologiste Eric Sanderson, pour cartographier toute la ville telle qu’elle existait en 1609, fournir des données sur la quantité d’énergie solaire et l’absorption d’eau d’un site s’il avait été laissé à son état naturel, et ensuite offrir des incitations financières pour les promoteurs qui profitent de ces actifs.

En outre, la ville devrait étendre son développement du front de mer dans l’eau, par exemple en incorporant des marais dans les parcs riverains (Brooklyn Bridge Park a déjà prévu d’inclure une telle fonctionnalité). La ville pourrait également rouvrir de longs ruisseaux enterrés – dont plusieurs s’écoulent toujours dans les sous-sols du centre-ville – qui présentent désormais des risques d’inondations régulières, une étape déjà testée à San Francisco.

La ville peut envisager de nouveaux projets utilisant les toitures végétalisées et des plantations plutôt que des systèmes de tuyauteries pour absorber les eaux de pluie, et elle peut distribuer des bonus aux propriétaires qui utilisent des microbes pour traiter les eaux usées.

Enfin, l’administration devrait modifier le zonage de la ville en «éco-quartiers », des zones qui partagent des données topographie, des microclimats, des sols et des espèces plutôt que des données de recensement. Cette considération locale est essentielle à des étapes comme le passage aux énergies renouvelables – après tout, s’appuyer sur ​​l’énergie marémotrice a plus de sens dans l’est de Staten Island qu’à Central Brooklyn où l’énergie éolienne pourrait être une meilleure option.

Cela semble sauvage ? Pas plus sauvage que la pose de la 155ème rue, en 1811, une époque où l’Union Square, près de sept miles au sud, était encore une colline pleine de chênes. Le quadrillage des rues a rendu la spéculation immobilière à Manhattan aussi naturelle que des fondations. Avec des besoins urgents pour améliorer le logement et la santé publique, et un impératif pour fournir ces derniers d’une façon écologiquement intelligente, nous devrions laisser la nature une fois de plus nous apprendre où et comment faire pousser.

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