Le plan «villes durables » : quels outils pour quel changement ?

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Lors d’une communication au conseil des ministres du 22 octobre 2008, Jean-Louis Borloo a présenté un plan Ville Durable«qui vise à favoriser l’émergence d’une nouvelle façon de concevoir, construire, faire évoluer et gérer la ville. » (1). Cela correspondrait-il à une importante déclinaison opérationnelle du grenelle de l’environnement ?

Présentation du plan ville durable.

Ce plan s’articule autour de trois projets distincts, qui correspondent à 3 échelles d’analyse différentes :

A l’échelle du quartier :

Le concours « EcoQuartiers »,(2) dont l’objectif est d’identifier les acteurs (communes, villes, associations d’habitants) volontaires et engagés dans cette démarche, pour constituer un « club opérationnel ». Ce dernier permettrait de travailler sur la création de nouveaux outils en profitant de l’expérience des villes ou communes ayant déjà réfléchi ou qui réfléchissent à ce type d’aménagement urbain.

Ici, le gouvernement souhaite mener une réflexion sur la conception même du quartier, en insistant sur les cibles suivantes : « eau, déchets, biodiversité, mobilité, sobriété énergétique et énergies renouvelables, densité et formes urbaines, éco-construction ». (2)

A l’échelle de la ville :

Le projet des « EcoCités » (3) s’inscrit également dans l’identification des villes qui auront ou qui souhaitent aménager durablement leur espace urbain, mais en privilégiant leur capacité à s’inscrire dans « la continuité avec des projets de territoire environnants ».

Le gouvernement s’appuie sur les 3 piliers du développement durable: environnement, économique, social et sociétal, pour définir les grands enjeux qui sont rattachés à la ville durable.

A l’échelle du territoire :

L’appel à projets « transports collectifs » (4)dont l’enjeu sera d’identifier les actions et opérations exemplaires afin d’améliorer les réseaux de transports en commun et afin de « contribuer à la lutte de la réduction des gaz à effet de serre » (4)

Dans ce plan, deux objectifs principaux ressortent : identification des acteurs et initiatives et réflexion sur leur financement. Par ce biais, on donne la parole à des initiatives de quartier, de territoire ou d’individu, et on leur permet d’intégrer un processus d’échange, de mutualisation des expériences sur l’aménagement urbain durable.

En revanche, on pourrait se demander si ce « plan ville durable » représente une réelle avancée ou si ces actions sont la simple réactualisation de projets déjà engagés. Des structures connues comme l’ARENE ou l’ADEME ont déjà identifié les bonnes pratiques sur le territoire, et ont déjà alimenté un cercle de réflexion autour de ces problématiques. Avec ces outils, et les outils mis à disposition des territoires (SCOT, PLU, AEU), les acteurs connaissent déjà les leviers nécessaires pour enclencher une réelle démarche de construction durable. Dans ce cadre, on doit saluer l’initiative d’entreprises privées comme le Groupe Vinci.

Le gouvernement agit, les entreprises privées aussi

« Il est urgent de se doter d’outils objectifs et opposables, pour que toute la filière puisse faire ses choix selon des critères qui ne soient pas uniquement financiers. », a résumé Xavier Huillard, directeur général de Vinci. (5)

Dans une démarche volontaire et d’anticipation, le Groupe Vinci inaugure le 4 novembre 2008 une chaire d’éco-conception (5) en collaboration avec 3 grandes écoles d’ingénieurs.

Les enjeux de cette chaire sont importants, et la complémentarité des ingénieurs issus des différentes écoles à souligner. Ils devront établir un langage commun et s’accorder sur le sens de la réflexion à mener. Les travaux pourraient aboutir à l’identification des freins au « verdissement des villes anciennes » aujourd’hui présents au cœur des processus d’aménagement urbain (5).

Analyse du « plan Villes Durables »

Certes, l’idée d’organiser un concours sur le sujet n’est pas réellement innovante ; mais peu importe, la mise en concurrence des projets pourrait s’avérer positif au final, notamment en termes d’innovation. En revanche, on pourrait questionner les objectifs de l’initiative, et, en particulier, le niveau d’exigence qu’impose le gouvernement. En « creusant » les documents, on s’aperçoit très vite que le changement radical que l’on veut nous faire imaginer est loin de d’être une condition sine qua none.

Si l’on prend l’exemple du projet « éco quartiers », le lauréat qui présentera son projet devra démontrer au jury, qu’il a su « être d’une qualité exceptionnelle sur l’une des sept dimensions suivantes : eau, déchets, biodiversité, mobilité, sobriété énergétique et énergies renouvelables, densité et formes urbaines, éco-construction. » (2)

Ne pourrait-on pas au contraire préconiser une approche obligatoirement globale, transversale, en prenant en compte toutes les dimensions et en essayant de trouver le meilleur compromis possible en fonction du territoire et de son environnement ?

Les consignes énoncées sont celles d’une opération exemplaire, et ne sont pas faites pour capitaliser sur les innovations dans le but de les dupliquer sur d’autres territoires.

Si toutes ces initiatives sont censées aller dans le bon sens, pourquoi en est-on encore à la réflexion pour repenser et réaménager durablement nos territoires. Est-il vraiment top tôt pour arrêter de réfléchir et commencer à agir en actionnant les leviers et en neutralisant les freins connus au sein de nos territoires ?

(1) Extrait du site internet du gouvernement sur les éco quartiers.

(2) brochure concours ecoquartier

(3) brochure écocités

(4) brochure transport

(5) Article du monde, 05.11.08

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Un commentaire
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  1. […] devrait inciter le lancement de nouveaux projets dans le cadre du plan « Villes Durables » (voir l’article paru sur Synerblog) du Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de la Mer. (Voir la […]

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