La résilience des systèmes urbains

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Le premier à introduire le terme de résilience en écologie fut C.S. Holling en 1973. D’autres auteurs ont utilisé ce concept en le définissant comme le temps nécessaire à un système pour retourner à un état d’équilibre stable suite à un stress ou une perturbation exogène. Au sens de Holling, la résilience renvoie à des dynamiques non linéaires, aux notions de régimes alternatifs et de seuils pour passer d’un état de stabilité à un autre. Cette approche considère qu’il n’existe pas un état d’équilibre unique pour un système, quelque soit sa nature. La résilience se définit alors comme la capacité du système à résister à une perturbation avant que celui-ci ne change d’état et qu’il ne modifie en conséquence les variables et processus qui gouvernent son évolution.

C’est le concept privilégié par la Resilience Alliance pour étudier les systèmes socio-écologiques, comme une ville, un territoire rural, un écosystème. Pour chaque état de stabilité, le système aura une organisation et des propriétés qui lui seront propres. Afin de mieux gérer le système, il s’agira d’en connaître les limites, variables de changements et états alternatifs de stabilité. On peut analyser de cette manière l’évolution historique d’une ville comme La Rochelle. Comment ont évolué les limites de l’agglomération ? Quelles variables ont contribué à son développement ou à son déclin ? De quelles limites parle-t-on ? Des limites administratives uniquement ou prend-on aussi en compte les liens tissés avec d’autres villes et avec le monde rural ? Cela renvoie à la définition de l’écosystème urbain que l’on souhaite analyser.

Des facteurs internes peuvent modifier sa structure : l’adaptabilité ou capacité adaptative renvoie à la capacité d’un système à modifier sa structure et à influencer sur les variables de changement qui le gouvernent. On retrouve ici le rôle joué par les acteurs économiques, entreprises, citoyens, collectivités.

Bien que les propriétés d’un système soient difficilement prévisibles puisque les différents régimes de stabilité sont souvent inconnus, un schéma général de transition entre ces états a été proposé à partir d’études empiriques. Il s’agit du cycle adaptatif de la Resilience Alliance, visible sur ci-dessous.
Résilience_systeme_urbain

Le cycle adaptatif (« adaptative cycle ») est un modèle de transition entre différents états de stabilité. Il comporte quatre phases: « croissance » (phase r), « conservation » (phase K), « destruction / re-largage » (phase Ω) et « réorganisation » (phase α). La résilience du système variera à chacune de ces phases :

  1. Lors de la phase r, les ressources sont facilement accessibles et le système croît fortement. Une entreprise en plein essor ou une croissance urbaine nourrie par l’exode rural en sont des exemples. Pendant cette période, la résilience est importante et le système peut absorber de fortes perturbations. Bien qu’il s’agisse d’une phase transitoire, sa durée peut être longue.
  2. Dans la phase K, les ressources sont difficilement accessibles car stockées dans des entités à croissance lente, comme une bureaucratie lourde associée à de l’inertie. Durant cette période, la structure du système est très stable mais sa résilience face aux perturbations est relativement faible. Paris, par exemple, est une ville avec une croissance démographique relativement faible (en comparaison avec d’autres), composée d’institutions et d’organisations bien établies mais probablement peu adaptables. Des perturbations, à l’image de la hausse des prix des produits pétroliers combinée à des pressions sociales, exacerbées par des inégalités grandissantes (centre ville versus banlieues défavorisées), pourraient faire basculer son organisation (transports urbains, système éducatif) et ses composantes (population vieillissante au centre ville).
  3. Le système peut ensuite passer rapidement à la phase Ω. Au cours de celle-ci, la structure construite durant les phases r et K se désorganise. L’énergie, les relations entre entités et les capitaux accumulés disparaissent aléatoirement dans le système. Face à la hausse des prix (denrées alimentaires, carburants) dans les décennies à venir, ne pourrait-on pas assister à un exode urbain, vers les zones rurales ou villes de plus petites tailles ?
  4. Enfin, dans la phase α, on assiste à une réorganisation du système : d’anciennes relations et entités peuvent se reconstruire et de nouvelles émerger. Les limites sont faibles et le nouveau système peut englober des ensembles appartenant à d’autres systèmes. A cette période, le système est peu régulé et très instable, si bien qu’il peut facilement passer d’un régime alternatif à l’autre. Cela peut conduire au début d’un nouveau cycle adaptatif ou, au contraire, à un retour vers l’ancien.

Tous les systèmes n’ont pas une transition linéaire telle que nous l’avons décrite : l’alternance entre phases peut être différente et certaines phases absentes de certains cycles, du moins à court terme. Dans les zones de conflits, d’une guerre civile étalée sur des décennies par exemple, les communautés peuvent très difficilement se réorganiser : on assiste alors à la mise en place d’un état de stabilité particulièrement résilient, résistant aux perturbations (positives ou négatives), et caractérisé par l’insécurité pour les plus vulnérables et l’absence de contrôle sur leur propre présent, à l’image de ce qui se trame au Darfour.

Le cycle adaptatif est un modèle particulièrement utile pour la gestion adaptative de la résilience des systèmes. Les systèmes urbains sont des espaces multipolaires au sein desquels interagissent de nombreux intérêts et acteurs. Les concepts de la résilience pourraient être particulièrement utiles pour :

  • Mieux définir les dynamiques du système, les jeux d’acteurs et de pouvoirs, sans oublier les variables clés de changement.
  • L’état de stabilité dans lequel se situe le système urbain analysé. Est-il en phase de croissance r ou en phase de réorganisation α suite à un choc économique majeur ? On pourrait effectuer de telles analyses en s’intéressant à la fin des activités minières du Nord-est de la France au début du 20ème siècle par exemple ou encore à la révolution urbaine actuelle en Chine.
  • Les différents états de stabilité potentiels, aussi bien pour le système global que pour ses composantes, tels les foyers, entreprises, ou collectivités.
  • Les différentes forces exogènes agissant sur le système, à différents niveaux d’organisation, comme l’évolution des institutions nationales (règles et modes de coordination), et des marchés internationaux de matières premières.

Dans le cadre des travaux de la Resilience Alliance sur la thématique urbaine depuis 2007, on retiendra l’importance de la prise en compte de l’historique du système urbain analysé ; tout simplement, pour éviter de répéter les erreurs du passé. Le défi ? Mieux piloter collectivement – gérer de manière co-adaptative – les dynamiques d’interaction entre acteurs économiques qui conditionnent l’évolution de nos écosystèmes urbains et des représentations que nous nous en faisons.

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  1. […] de résilience écologique, une notion incontournable dans la démarche de Synergiz, consulter ce lien). Particulièrement vulnérables à la montée des eaux sur leur territoire, les Pays-Bas […]

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