Gérer la biodiversité en milieu périurbain: le cas du projet de Parc National des Calanques de Marseille.

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C’est une première en France, depuis 1979 ! Une décision favorable a été prise pour la création d’un nouveau parc national sur le territoire français. L’instruction d’un tel dossier est un travail de long terme, comme le montre le cas de Marseille qui a pris 10 ans pour se concrétiser. Le défi est d’autant plus important que l’espace concerné se situe en zone urbaine et péri-urbaine !
La notion de parc national
Un Parc national peut être crée à partir d’espaces terrestres ou maritimes, lorsque le milieu naturel, particulièrement la faune, la flore, le sol, le sous-sol, l’atmosphère et les eaux, les paysages et, le cas échéant, le patrimoine culturel qu’ils comportent présentent un intérêt spécial et qu’il importe d’en assurer la protection en les préservant des dégradations et des atteintes susceptibles d’en altérer la diversité, la composition, l’aspect et l’évolution.[…] ». Extrait de l’Article L331-1 du Code de l’Environnement – Loi n°2006 – 463.

Le territoire candidat au statut de parc national, doit répondre aux critères suivants :

  • Il doit être exceptionnel, au niveau paysager, naturel, culturel
  • Il doit être menacé. (Précision sur le site du GIP)

Définition du GIP des calanques

Les Groupements d’Intérêts Publics permettent d’associer au sein d’une même structure des personnes publiques (Etat, Collectivités locales) et privées (associations, particuliers) afin d’assurer une plus grande concertation face à des problématiques communes.
Cette forme juridique est idéale pour ce type de projet, car elle place la concertation au centre des échanges multi-acteurs portant sur des thématiques pluri-disciplinaires. Les décisions prises au sein de ce groupement définiront la politique et les plans d’actions qui en découlent.

Dans la cadre de sa convention constitutive, le GIP doit assurer deux missions principales:

  • « Animer et coordonner les actions de protection et de gestion en vue de préserver la nature exceptionnelle du site classé des calanques»
  • Préparer la création d’un Parc National, notamment par la rédaction d’une charte

Depuis octobre 2002, le GIP est également opérateur Natura 2000 pour le territoire comprenant le site classé des Calanques.

Le croisement de ces deux missions, implique le paradoxe suivant : « préserver l’attractivité des milieux naturels, en les protégeant au mieux des atteintes que leur fait subir cette attractivité. » Source: site du GIP

Le Parc national des Calanques sera le seul Parc national français à la fois terrestre et marin relevant le défi d’assurer une protection exemplaire au sein d’une agglomération de plus d’un million d’habitants.

Le Parc national des Calanques sera l’assurance :

  • d’un label, d’une reconnaissance mondiale,
  • de moyens financiers plus importants (financement des actions en cœur de parc),
  • de moyens humains conséquents sur terre et en mer (police de la nature, une équipe permanente de terrain, de scientifiques, techniciens et experts),
  • d’une forte valeur ajoutée de compétences (architecture, paysage, Développement Durable,…)

A quelle étape le projet en est il ?

La procédure de candidature a été amorcée en décembre 1999. Après 10 ans d’existence de la structure, c’est le 13 février 2009 que le gouvernement a émis un avis favorable à la création du parc national des calanques : on parle de « prise en considération ». Elle marque la reconnaissance par le gouvernement de la valeur exceptionnelle du patrimoine paysager, biologique et culturel du territoire proposé par le Groupement d’Intérêt Public (Gip).

Spécificité de Marseille

« Le massif des Calanques et l’archipel de Riou se caractérisent par un important patrimoine naturel avec ses composantes botaniques et zoologiques tant dans le milieu terrestre que dans le milieu marin »
Déclaration de Madame Denise BELLAN-SANTINI, Présidente du Comité Scientifique et Pédagogique du GIP des Calanques de Marseille à Cassis
Pour avoir un éventail détaillé des attributs du parc des calanques, référez vous à ce document.

Toutefois, tous les élus locaux ne poussent pas en faveur de la création du parc national. Jean Claude Gaudin, maire de Marseille, aurait apporté son soutien le plus tardivement possible ; sans doute au regard des contraintes urbanistiques et environnementales que ce projet va engendrer. A titre d’exemple, à Mont Rose, au cœur du futur parc national, le maire de Marseille a soutenu la création d’un complexe hôtelier de luxe, projet aujourd’hui mis en suspens.

La gestion de la biodiversité va-t-elle changer ?
Le statut de parc national permettra de mettre en place de nouvelles règles et de lancer de nouveaux projets visant à garantir la préservation des sites concernés et, en particulier, à garantir la viabilité de la biodiversité des espaces péri-urbains concernés.

Sensibilisation du public :
Mise à disposition de moyens humains pour informer et éduquer les visiteurs et locaux.
La biodiversité comme support d’enseignement et d’éducation au respect de la nature et de l’environnement.

Protection accrues des espèces faunistiques, floristiques et marines :
Réalisation d’étude en partenariats avec bureau d’étude, universités, associations pour mener des inventaires exhaustifs des espèces. Attribution de budget pour effectuer des projets de renaturation de milieux ou de protection d’espèces menacés.

Quelle place pour la biodiversité en proximité d’une grande ville ? Vers de véritables projets de territoire intégrant le vivant ?
Sur la base de l’expérience acquise par le GIP des Calanques, le texte de loi de 2006 sur les parcs nationaux parle d’une nouvelle notion capitale devant faire le lien entre le parc et les zones périurbaines : la notion de « solidarité écologique ».

« Les textes prévoient un certain nombre de mesures innovantes en reconnaissant la contribution des acteurs locaux à façonner et préserver le patrimoine naturel et en s’inspirant de l’incontestable réussite des chartes des Parcs Naturels Régionaux pour promouvoir un “projet de territoire” traduisant dans une charte la solidarité écologique, économique et sociale de l’ensemble du parc national avec ses espaces protégés. » Extrait de loi n° 2006-436

La ville de Marseille et les autres zones urbaines adhérant à la charte du futur Parc National devront prendre en considération le caractère exceptionnel du site dans chaque décision qui concernera cet espace.

Entrerait’on dans une nouvelle ère de prise en compte du monde vivant au sein de nos espaces urbanisés ? Après le modèle du Parc National de la Montagne de la Table à Cape Town en Afrique du Sud, la ville de Marseille pourra t’elle s’enorgueillir de devenir la première zone urbaine française en matière de protection et de valorisation patrimioniale de la biodiversité ?
Gageons que la déclaration officielle de ce parc national péri-urbain se fasse prochainement et qu’il soit un tremplin pour la mise en place de continuités écologiques efficaces (trame verte et bleue) dans toute la région.

Bibliographie :

Jean-Louis Michelot, les enjeux de la biodiversité, synthèse des débats
Gérard Larcher, 1998, sénateur, la gestion des zones périurbaines, rapport
Le Groupement d’Intérêt Public des Calanques, GIP, site Internet
Madame Denise BELLAN-SANTINI, Directeur de Recherche émérite au CNRS, Centre d’Océanologie de Marseille, Présidente du Comité Scientifique et Pédagogique du GIP des Calanques de Marseille à Cassis, juin 2005, dossier

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  1. L’assemblée générale du Groupement d’intérêt public des Calanques a adopté le 20 janvier dernier à une large majorité les dernières modifications apportées à la version 3.1 du projet de Parc national des Calanques. Pour plus d’infos : http://www.gondwana-agency.com/Le.projet.de.parc.national.des.Calanques.adopt%E9.par.une.large.majorit%E9-1143.html

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