Fresh Kills – New York : parc écologique ou site pollué ?

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« Fresh Kills, la plus grande décharge deviendra le plus grand parc de New York », c’est ainsi que Novethic a titré son article du 16 août dernier à propos d’un des nouveaux grands projets « verts » de l’Etat de New York.

Au sud de l’Etat de New York, à la frontière avec le New Jersey, et plus précisément à Staten Island, se situe Fresh Kills l’un des futurs parcs écologiques de New York… parc écologique ou site pollué ?

Bref historique de Fresh Kills

Dans son état naturel Fresh Kills était principalement constituée de marais et de zones humides côtières. Autrefois occupée par les Amérindiens, au XIXe siècle cette région rurale était essentiellement occupée par des fermes agricoles. L’industrialisation d’après la guerre civile amène son lot de petites villes industrielles établies pour appuyer des industries telles que la brique et la fabrication de linoléum. La ville de New York a acquis le terrain en 1948 pour l’utiliser comme un site d’enfouissement, qui sera exploité par le ministère de l’Assainissement de 1948 à 2001. Les déchets y étaient transportés par barge et par camion à partir de neuf points de transfert répartis dans la ville, et à son apogée environ 29.000 tonnes d’ordures étaient livrées chaque jour. Le plus grand des quatre monticules s’élève à environ 200 pieds d’altitude. Suite à l’effondrement des tours jumelles du World Trade Center le 11 Septembre 2001, la décharge a été brièvement rouvert pour servir de site de récupération et de tri des débris, avant d’être définitivement fermé en vue de sa conversion en parc public (paragraphe traduit du site internet du New York City Department of Parks & Recreation).

Fresh Kills New York - Projet de parc écologique - Site pollué
Fresh Kills / New York / Staten Island – Situation géographique (Google Earth)

 

Le projet de transformation de Fresh Kills en parc écologique

Connu pour être le centre d’enfouissement le plus émetteur de méthane au monde, il accueille désormais, suite aux événements du 11 septembre, des quantités phénoménales de déchets potentiellement dangereux : débris de Boeing, ordinateurs et serveurs informatiques par milliers, huiles contaminées aux PCB, détecteurs de fumées radiocatifs, etc.

Comme ce fut déjà le cas par le passé pour d’autres monticules de déchets du site, les derniers espaces ouverts vont être recouverts pour donner lieu à une renaissance de l’ensemble du site en parc écologique. Reforestation du site, réhabilitation de zones humides, lieux de promenades, parcours sportifs, espaces artistiques et culturels… De plus, afin de palier aux émanations de gaz, un système de récupération du méthane permettra de fournir la ville en gaz de ville. Tout est prévu.

Sauf peut-être les conséquences de l’inaction des porteurs du projet relative au tonnes de déchets potentiellement dangereux présent sur le site et qui le seront encore à l’ouverture du parc dans 30 ans. Interrogée par le magazine The Ecologist, la directrice d’étude de l’occupation des sols du projet Fresh Kills Park affirme « nous n’avons pas résolu la question des déchets, et nous ne prétendons pas le faire ». (Source : Novethic). 

Les incohérences écologiques de la ville de New York

Si New York a su marquer sa différence et démontrer sa vision à long terme à travers son programme de gestion de l’eau dans les Monts Catskill (voir cet article) la non prise en compte assumée des déchets potentiellement dangereux marque une surprenante rupture dans l’acte de prise de décision.

Cela peut être le résultat d’un manque ou d’une mauvaise évaluation à la fois :

  • des services écologiques issus du site et dont pourraient bénéficier la ville de New York et ses citoyens, notamment les riverains : ex. service de purification de l’eau, maintien de l’état des milieux marins alentours, etc. ;
  • de la valeur de non-usage du site, c’est-à-dire, par exemple la satisfaction tirée par les new-yorkais de savoir que ce site existe. Se déplaceront-ils sur un site étiqueté « écologique » sachant qu’il est pollué ?
  • du risque de voir se développer des actions militantes de la part d’associations environnementales par exemple, qui ne manqueront pas de faire connaître ce « défaut de fabrication » et qui pourraient ralentir le projet ;
  • des risques sanitaires pour les riverains et les salariés du parc (exposition à long terme) ;
  • des évolutions réglementaires, qui étant donné leur accroissement récent et à venir, pourraient donner lieu à la fermeture du parc (ou son interdiction d’ouvrir si les réglementations arrivent avant 30 ans).
Si le projet semble avoir de nombreuses qualités tant sur le plan écologique que récréatif, il se pourrait que ce seul aspect, non négligeable, de la présence de déchets dangereux non traités et en grande quantité puisse réduire sa valeur écologique globale à néant et qu’il soit « boycotté » par des usagers de plus en plus avertis sur les sujets environnementaux et sanitaires.
Pourquoi ne pas intégrer, en amont des actions de mises en oeuvre déjà définies, des actions de dépollution des sols (techniques liées à l’ingénierie écologique) ? Cela pourrait être l’un des maillons manquant à cette initiative qui aurait alors une chance de devenir remarquable.

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