L’écosystème urbain de Tianjin en Chine

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Cet article fait partie d’une série d’article basés sur l’ouvrage de Berkowitz A.R., Nilon C. H. & Hollweg K.S. “Understanding urban ecosystems: A new frontier for science and education”

Tianjin est la troisième plus grande ville industrielle de la Chine, avec une population de 8,4 millions, et un important port marchand. En tant que porte d’entrée historique sur la capitale Beijing, sa croissance n’est pas prête de ralentir, et encore moins les problèmes écologiques qui se voient progressivement accentués (ex. pollution de l’eau et de l’air, problèmes de traitement des déchets, de logement ou encore de trafic ; pour ne mentionner que ceux-ci…). Wang et Ouyang considèrent Tianjin comme un système socio-économique-naturel complexe, c’est-à-dire un écosystème artificiel dominé par des activités humaines, entretenu par les systèmes vivants et dynamisé par les processus écologiques (ex. espaces ruraux associés qui fournissent notamment des ressources alimentaires, de l’énergie et des espaces pour stocker les déchets). Le travail qu’ils ont réalisé permet de comprendre les dynamiques d’évolution de l’écosystème de Tianjin et de fournir un outil d’aide à la décision pour les autorités locales. L’analyse de l’écosystème urbain de Tianjin s’articule autour de trois approches complémentaires :

  1. Des modèles éco-mécaniques avec pour objectif de comprendre ses dynamiques et contextes.
  2. Des modèles d’éco-planning qui permettent d’identifier les frontières (cf. Tableau 2), facteurs clefs et limitatifs, mécanismes rétroactifs, flux métaboliques, etc. ; dans une optique de réaliser des simulations sur l’évolution de l’écosystème de Tianjin.
  3. Des modèles d’ « éco-régulation » en termes d’innovation technologique, institutionnelle et culturelle.

En termes d’éco-régulation, l’ingénierie écologique urbaine (« hardware regulation ») peut se traduire notamment par de l’innovation technologique ou du design intégratif, le management urbain écologique (« software regulation ») quand à lui par des réformes institutionnelles et, enfin, la construction d’une éco-culture (« mindware regulation ») par des changements de comportement. En outre, l’analyse est construite à partir de couplages structurels et fonctionnels :

  1. Propriétés structurelles : Hiérarchies et réseaux, composants dominants et diversité des composants, ouverture et indépendance, robustesse et flexibilité.
  2. Couplages fonctionnels : Exploitation et adaptation, compétition et symbiose, prolifération et compensation, déplétion de ressources et stagnation écologique.

Pour résoudre les problèmes écologiques et socio-économiques auxquels doivent faire face les autorités, Wang et Ouyang se sont intéressés aux diverses échelles spatiales et organisationnellescorrespondantes, de l’écosystème régional au niveau d’un qu(cf. Figure 1 ci-dessous).

Tianjin_ecosysteme_urbain

(Figure 1 : Les différentes échelles spatiales ou régions de l’écosystème urbain de Tianjin)

  • Région 1 : 1 million de km2, comprenant le bassin versant de la rivière Haihe et une partie de 6 provinces de la Chine du nord => espace approprié pour étudier les stratégies de développement et les impacts régionaux, économiques et écologiques.
  • Région 2 : Région administrative (8 millions d’habitats répartis sur 11 660 km2) idéale pour étudier les interactions écosystémiques urbaines et rurales.
  • Région 3 : La zone urbanisée avec 6 districts urbains, 4 districts suburbains proches, et 3 districts côtiers (4,86 million d’habitants, 3 137 km2), identifiée pour comprendre les stratégies d’industrialisation et d’urbanisation.
  • Région 4 : La zone construite avec une population de 3,8 millions d’habitants vivant dans une zone de 3 137 km2, utile pour étudier les problèmes écologiques associés avec les changements d’utilisation et d’occupation des sols, ainsi que les stratégies de rénovation urbaine.
  • Région 5 : Le quartier de Guangfudao au centre ville, avec 37 000 habitants et une surface de 1,06 km2, lieu de projets de démonstration de rénovation urbaine.

En d’autres termes, les frontières de l’objet d’étude varient en fonction des tâches ou objectifs identifiés. Les acteurs locaux et décideurs ont été associés aux diverses simulations, cela afin qu’ils s’approprient l’outil, puissent le faire évoluer et en tirer des bénéfices directs pour un meilleur aménagement de l’espace écosystémique analysé. Ils ont ainsi défini eux-mêmes les facteurs et composantes clefs, les métabolismes, les interactions mutualistes, etc. Cela a notamment conduit à la réalisation d’analyses de risques et d’opportunités par rapport aux dynamiques dominantes. On mentionnera tout particulièrement l’importance accordée aux modèles d’éco-régulation par Wang et Ouyang.

Pour Synergiz, il est en effet instructif de noter la manière dont (1) la recherche appliquée en Chine peut influencer les choix des décideurs et (2) comment les enjeux écologiques peuvent être articulées par rapport aux problématiques sociales et économiques dans une culture non euro-centrique. En revanche, on pourrait questionner, dans le cadre de la réalité quotidienne des habitants de l’écosystème urbain de Tianjin et dans le contexte des prochains Jeux Olympiques (et controverses associées…), la manière dont les choix collectifs sont réalisés et mis en place à partir de ce type de travaux, en particulier la latitude d’action accordée aux citoyens et parties prenantes.

2 commentaires
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  1. Très intéressant ce résumé. J’apporte un modeste complément à ce commentaire. Une analyse réalisée sur la polltion de l’air à Tianjin laquelle confirme la complexité de la situation de cette ville.
    Bien à vous,
    François de la Chevalerie

    Pollution de l’air à Tianjin *

    A 120 Km de Beijing, Tianjin, 11 millions d’habitants, est une ville en plein développement. Autour des anciennes concessions occidentales et du fleuve Hai, les grattes ciels pullulent. Dans les faubourgs, les zones de développement industrielles s’étendent de toutes parts, depuis des ateliers de production à de prestigieuses usines comme la future ligne d’assemblage d’Airbus.

    Le tableau serait enthousiasmant si une contrariété de taille ne venait le tempérer, l’air de Tianjin est empoisonné ! Ne se comptent plus les polluants avérés qui interagissent en entre eux ou s’agglomèrent à d’autres paramètres (UV solaire, ozone, humidité de l’air, acides, etc.). Comme partout en Chine, les raisons de la pollution de l’air sont établies : explosion du trafic automobile, croissance de l’activité industrielle, utilisation soutenue du charbon, dégagement incontrôlé et… bienveillance des autorités.

    Découpé en 17 districts sur une étendue de 11 920 Km², Tianjin offre une variété inégalée de composites volatiles que tout visiteur serait bien avisé de connaître.

    Dans les districts portuaires et périphérique de Tanggu et Dagang, les relevés concernant le monoxyde de carbone s’accordent sur des chiffres approchant 250 mg/m3 d’air alors que la norme recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est de 20 mg/m3. La présence d’incinérateurs, de chaudières industrielles et de fours d’affinage justifie ce record. Dans ces quartiers, l’air est également balayé par des rejets de dioxyde de soufre à hauteur de 600 mg/m3 alors que le niveau de référence est de 20 mg/m3. Dans le district de Hangu, le seuil d’alerte au dioxyde d’azote (NO2) est souvent dépassé (400 µg/m3 en moyenne horaire). En centre ville, dans le quartier de Heiping district, les concentrations en fine particules sont de l’ordre de 150 /300 µg/m3 alors que les normes européennes fixent le seuil d’alerte à 20µg /m3. Aux gaz d’échappement des véhicules s’ajoute la circulation du vent. Venant du bassin du Bohai, brassant déjà toutes sortes de composites, il tourne en rond sur Tianjin, favorisant l’agrégation des particules chimiques. Vous avez alors l’impression de vous trouver au coeur d’une raffinerie. Vos mains sont noires, encombrées de manière permanente par un agglomérat de poussière visqueuse. Aux portes des universités de Tianjin et Nankai, la pollution est tellement prégnante qu’elle envahit les habitations. Pour pallier à cette situation, des surodorants destinés à masquer l’odeur sont régulièrement déversés dans les rues. Si cette pratique apporte un mieux, il n’est pas sûr que l’accouplement entre émanations chimiques et molécules de désinfection soit correctement maîtrisé sur le plan sanitaire.

    Résultat, à Tianjin, les pathologies liées à la pollution de l’air ne cessent de croître. Dans les hôpitaux, les patients asthmatiques se bousculent avec des augmentations annuelles de 15 %. Cependant aucun chiffre n’existe sur les décès prématurés attribuables à la pollution atmosphérique. Toutefois selon la délégation à la santé de la ville, le nombre de morts de cancer a augmenté de 18% en 2006, de 16 % en 2007. Malgré cela, les autorités sont hésitantes sur la marche à suivre. D’un côté, elles encouragent les acteurs industriels à faire des efforts, de l’autre, aucune fermeture de sites polluants n’a été envisagée dont certains se trouvent pourtant au coeur de la ville. Pas davantage de restrictions n’a été apportée à la circulation automobile. Dans tous les cas, le système surveillance de la pollution atmosphérique de Tianjin mériterait une refonte totale, notamment, avec un accès plus libre à l’information, des relevés plus réguliers et des systèmes d’alerte.

    * François de la Chevalerie (entrepreneur installé à Tianjin)

    Méthodologie des relevés
    Comme nous ne disposions pas d’information précise sur l’air de Tianjin, avec plusieurs amis, nous avons installé des indicateurs de pollution à certains endroits de la ville, là où nous travaillons (Tanggu, Heiping, Hangu).

    François de la Chevalerie

  2. Selon Novethic (http://www.novethic.fr/novethic/planete/institution/collectivites_locales/chine_mirage_eco_cites/122746.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok), un projet d’éco-quartier a été lancé en novembre 2007 à Tianjin.

    Ci-dessous un extrait de l’article de Hélène Duvigneau :
    « Fruit d’un partenariat entre la ville de Tianjin et l’Etat de Singapour, elle devrait accueillir 350 000 citadins d’ici 10 à 15 ans. Trois piliers ont été définis : offrir un cadre aussi vert que possible et une bonne qualité de vie aux habitants, le tout nourri par un solide développement économique. Pour cela, elle sera adossée à une zone d’activité économique. … même si contrairement à Dongtan, ses ambitions vertes sont modestes. « Ce n’est ni un condensé des dernières technologies vertes ni une ville zéro émission, zéro carbone, zéro déchet, admet Thomas Wong, l’un des superviseurs du projet basé à Singapour. Elle adoptera des solutions déjà éprouvées de manière à ce que les prix ne soient pas trop élevés pour être accessible à tous. »

    Toutefois, l’auteur se question sur la pertinence de ce type de projet en Chine, souvent pharaonique et séduisant sur le papier (ex. Caofeidian, située près d’un parc industriel destiné à devenir une plaque tournante pour la Chine du nord) : « Si la Chine est sans doute devenue le laboratoire le plus concurrentiel dans le marché aujourd’hui mondialisé de la ville durable, elle n’en est encore qu’au début. »

    Pour Zou Huan, professeur d’urbanisme à l’université Tsinghua, dans bien des cas, les bilans seront nuancés car concevoir une éco-ville demande une vision d’ensemble et c’est souvent ce qui fait défaut.

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